actu bio disques films downloads liens contact
  À lire
à noter à noter à noter
Chroniques Newyorkaises #4

"Une autre saison, des lieux, des situations et des visages familiers, et d’autres encore inconnus… New York, me revoilà !
C’est avec mon visa fraîchement acquis en poche que je me présente à l’officier de l’immigration à l’aéroport de JFK. Grâce à ce précieux sésame, je suis soulagé de l’angoisse des derniers voyages et le contrôle prend trois minutes en tout et pour tout."

Voici les dernières chroniques écrites lors de mon dernier séjour dans la mégapole américaine où nous avons joué avec le groupe de Miguel Zenon, Rayuela. Encore un séjour riche et intense que j'ai essayé de fixer avec ces textes.

à télécharger : chroniques_newyorkaises_4.pdf
Chroniques africaines #2

Accompagné de Ralph Lavital (guitare) et Nicolas Pélage (chant), j’ai effectué une grande tournée de cinq semaines dans une dizaine de pays du continent africain.

Partis de Paris début juin 2013, nous nous sommes rendus successivement en Zambie, au Zimbabwe, en Éthiopie, à Madagascar, à l'Île Maurice, en Namibie, en Afrique du Sud, aux Seychelles et au Kenya, où nous avons présenté un nouveau répertoire enregistré en juin 2012 et qui paraît sur le label newyorkais Sunnyside Records, distribué en France par Naïve, en septembre 2013. Le disque s’intitule simplement Dialogue.

Cette tournée portée par les Instituts français et Alliances françaises des pays traversés s'est terminée le 6 juillet 2013. Des concerts, mais également des masterclasses et de nombreuses rencontres ont jalonné ce périple.

 Ce sont des moments aussi précieux qu’ils sont fugaces, et c’est pourquoi j’ai tenté de les fixer un peu avec ce texte.

à télécharger : chroniques_africaines_ii.doc
 
Chroniques Newyorkaises 3

Voici six chroniques écrites pendant les trois semaines que j'ai passées à New York en Août 2012. Ce fut encore une fois des journées intenses avec notamment le concert du groupe de Miguel Zenon Rayuela au festival de Newport, dont l'intégralité est téléchargeable sur le SITE de l'excellente radio américaine NPR, mais aussi le mixage de mon dernier disque enregistré au studio La Buissonne en juillet dernier avec le jeune guitariste Ralph Lavital et sur cinq titres, le chanteur Nicolas Pelage qui a écrit des textes en créole. Des concerts aussi à Smalls en duo avec Jérôme Sabbagh et le dernier weekend, dans le quintet du batteur Otis Brown III comprenant le saxophoniste ténor John Ellis, la contrebassiste Linda Oh et l'harmoniciste Grégoire Maret. Bonne lecture !

à télécharger : chroniques_newyorkaises_iii.pdf
 
Chroniques newyorkaises 2

• Brooklyn, le 3 septembre 2010.
Après une longue pause, je reprends mon journal new-yorkais. Il y a deux ans jour pour jour, nous enregistrions mon dernier disque Eight Fragments of Summer dans un studio du New Jersey avec Jérôme, Joe et Damion. Me voilà donc de retour à Brooklyn, à quelques blocs de chez Jérôme justement, dans un Park Slope de plus en plus cher malgré la crise qui secoue le pays depuis plusieurs années...

À télécharger ci-dessous, les nouvelles chroniques newyorkaises d'un séjour qui vient de s'achever et qui a fournit son lot d'heures inoubliables.

 

à télécharger : chroniques_newyorkaises_2.pdf
 
Chroniques New-Yorkaises
"Mardi 15 Juillet,
Il est bientôt 10:00 et la chaleur est déjà écrasante dans le studio où je vis depuis quatre
jours. L'exposition est plein sud et le soleil vient me brûler les fesses dès le matin 7:00
quand je suis encore allongé sur la mezzanine. Il faut absolument que je trouve de quoi
couvrir les fenêtres. Où mes fesses, mais ça n'aura guère d'effet sur la température de
l'appart, non ?"
 
À la manière des chroniques africaines disponibles plus bas, voici celles que j'ai tenues depuis New-York pendant l'été 2008 qui fut riche en rebondissements et en musique, avec une escapade nipponne du Blowing trio et surtout un nouveau disque en quartet : Eight Fragments Of Summer avec Jérôme Sabbagh (tenor), Joe Sanders (contrebasse) et Damion Reid (batterie) devrait sortir en Avril 2009.
à télécharger : chroniques_newyorkaises.pdf
 
Chroniques Africaines
"Bonjour à tous,

Je vous écris de l'Hôtel Kalahari Sands à Windhoek, capitale de la Namibie. Ça y est, nous y sommes bel et bien. Après un voyage de presque 24 heures avec une escale à Johannesburg, nous avons atterri à l'aéroport de Windhoek hier à 16h40 (...)
"

Ce sont les premiers mots d'un journal que j'ai tenu pendant la tournée de Sophie Alour en Afrique du 6 Novembre au 3 décembre 2007, où nous sommes partis à cinq, avec le contrebassiste Yoni Zelnik, le batteur Gautier Garrigues et notre accompagnateur Philippe "Fifi" Derenne. J'ai essayé de relater ce voyage incroyable par des chroniques que j'écrivais quand j'avais un peu de temps, entre deux avions, ou le matin à l'hôtel et que j'envoyais ensuite par email à mes proches. Elles sont regroupées ici en un seul fichier PDF.
à télécharger : chroniques_africaines.pdf
 
Révolution de Jazzmin

 

 Beaucoup de choses à voir et à lire sur mon blog.

 


 
à télécharger : rapport_filiere_jazz.pdf
 
Robert Mentré
Paris, le 28 mai 2008.
 
Je rentre du Lavomatic où j'ai fait la rencontre de Robert Mentré.

Alors que j'étais en train de sortir mon linge des machines pour le mettre à sécher, je vois arriver un vieux monsieur tenant d'une main sa canne et de l'autre son sac de linge. Il marche à la vitesse d'une fourmi au galop et peine à gravir la marche du lavomatic. Je lui propose de l'aider ce à quoi il me répond par un large sourire. Je viens de me faire un ami.

Notre homme habite au 2O rue de Montmorency, à l'autre bout de la rue. Il a 94 ans. Il vient laver trois paires de draps et peste contre les aides-ménagères qui ne l'ont pas ménagé en le chargeant comme une mule, "des africaines, pas toujours gentilles, mais il faut savoir les prendre... en vieillissant, on devient plus tolérant".

Je m'occupe de lancer sa machine pendant qu'il commence à me parler. Je n'ai pas à le prier et il va me raconter des bribes de sa vie pendant près de deux heures que je n'oublierai pas.

Originaire d'une famille de paysans et d'ouvriers de Lorraine, il a grandi en Normandie avec six soeurs et un frère. Il obtient son certificat à 16 ans et un article dans le journal local. En même temps qu'il enseigne le français dans l'école du village très jeune, à 19 ans, il suis aussi des cours du soir de fonderie dont il part parfaire les techniques les week-ends - "les fins de semaines, on ne disait pas les week-ends à l'époque" - à l'école des Arts et Metiers à Paris.

Il se marie avec une fille du village. Après plusieurs années de mariage, sa femme n'ayant toujours pas d'enfants et souffrant de maux de ventre, on l'hospitalise. Alors qu'il vient lui rendre visite à vélo, on lui apprend qu'elle n'aura pas d'enfants. Dépité, il rentre de l'hôpital seul chez lui et tombe sur un officier. il est mobilisé pour la guerre. il ne reverra jamais plus cette première femme, et en épousera une autre à la libération qui lui fera deux enfants. Une fille, aujourd'hui médecin, et un garçon, attaché du Ministère des Affaires Etrangères à Séoul.

Ancien combattant de la résistance dans le renseignement au sein des FFI, il a été décoré 13 fois, notamment par De Gaulle avec lequel il partage la passion des mots croisés. Récemment, il a décidé de ne plus porter ses décorations parceque "ça fait trop m-as-tu-vu". Il a été fait prisonnier des allemands un soir qu'il conduisait une voiture volée et a passé presque un an à couper du bois dans un camp de travail. Il se nourrissait d'herbes et de racines. Aidé par un officier allemand qui l'avait pris en sympathie, il s'est échappé et a rejoint l'Angleterre. Il sera parachuté en Normandie et fera la libération de Paris. Petit, rapide et endurant, il a maintes fois échappé aux fusillades. C'est avec beaucoup de simplicité et de modestie qu'il parle de la chance qui lui a sauvé la vie des dizaines de fois. Il a le regard vif quand il évoque tous ses camarades tombés au combat, sans aucune sensiblerie. Il dit qu'il a tué pour survivre.

Il n'ira pas aux commémorations cette année. Trop fatigué. En même temps qu'il me parle, je le vois ouvrir son courrier et prendre connaissance de résultats d'analyses médicales. Tout est nickel. Encore il sourit.

Aujourd'hui, il vit seul dans un appartement remplis de livres et de souvenirs. Il l'a vendu en viager il y a plus de quinze ans à un mauvais payeur qui n'a sans doute pas fait là l'affaire de sa vie... Il reçoit ses repas de la Mairie de Paris, et une aide-ménagère un heure par jour. Il fait attention à ne pas tomber quand il sort et qu'il doit enjamber le chambranle de la lourde porte d'entrée. Mais il se sens en sécurité avec les camerounais qui travaillent dans le magasin d'en face où les chinois du bar-tabac qui l'ont tous pris en sympathie. Il parle sans jamais perdre le fil de son propos et je sens que ce moment lui fait du bien.

Je l'ai laissé sur le pas de la porte - où j'ai pris cette photo - non sans échanger nos numéros. J'espère le revoir bientôt.
 
Un morceau porte son nom sur mon prochain disque en quartet (Eight Fragments of Summer) à paraître au printemps 2009.
 
L.
 
Blowing Trio | The Thing To Share
Cristal-Harmonia Mundi

Je constate que proposer une formule sans rythmique pose des problèmes à certains journalistes. Je comprends d'ailleurs combien l'idée en elle-même peut sembler incongrue. Pour ma part, j'ai été autant influencé par des batteurs que par des pianistes ou des saxophonistes, et mes projets en trio traditionnel ou en quartet ont toujours été motivés par les batteurs avec lesquels je les montais. Après tout, que serait le Jazz sans la batterie ?

Cependant, je crois qu'il y a des voix possibles en dehors des schémas traditionnels. Je suis très attentif à toutes les expériences qui se déroulent aujourd'hui et j'aime celles qui proposent des instrumentations inédites ou peu usitées, même si j'ai bien conscience qu'il ne suffit pas de faire jouer trois contrebasses et six cornemuses ensemble pour produire une musique digne d'intérêt. Se passer d'un rythmique implique une écriture différente, une approche du jeu collectif repensée et une remise en question de la place du piano et du rapport qu'il entretient avec les saxs.

Au New Morning
Le premier disque de cette formation fut enregistré au Duc en 2001, et après cinq années passées à New York - à jouer avec de nombreux batteurs - il m'a semblé qu'il était temps de documenter l'évolution de ce Blowing trio que je retrouvais régulièrement et toujours avec le même plaisir à chaque fois que je revenais à Paris. Contrairement au Live, j'ai choisi de présenter un répertoire de morceaux plus courts et plus ramassés afin d'illustrer les progrès que nous avions fait dans la manière de poser les choses plus "de l'intérieur" et moins dans l'énergie.

La musique n'est pas révolutionnaire sur le plan harmonique, ni mélodique, ni rythmique. Elle s'inscrit je crois dans une tendance actuelle qui voit, aussi bien à New York qu'à Paris, de nombreux musiciens/compositeurs s'affranchir des formes classiques sans perdre de vue les esthétiques héritées des courants fondateurs. Ce qui me paraît intéressant, c'est que cette orchestration nouvelle nous a conduit naturellement à un rééquilibrage vers l'épure, alors que l'on aurait pu penser qu'il faille combler l'absence de rythmique par plus d'intervention de chacun.

Paradoxalement, quand j'ai travaillé au répertoire de ce dernier disque (The Thing To Share, Cristal Records/Harmonia Mundi), j'ai beaucoup écouté des grandes formations récentes comme les orchestres de Maria Schneider, John Hollenbeck, Bob Brookmeyer, ou encore le groupe du pianiste argentin Guillermo Klein. J'aime beaucoup quand les formes réservent des surprises et que les lignes entre l'écrit et l'improvisation se brouillent. Cette manière d'écrire, c'est aussi s'assurer qu'il ne soit pas possible d'aborder les morceaux autrement que par l'écoute collective et la spontanéité.
En ce qui me concerne, ce groupe est taillé sur mesure parcequ'il me permet de mettre en pratique tout ce que je travaille depuis des années autant au niveau du son que du rapport main droite/main gauche. Je pense que l'alliage alto/tenor et particulièrement adapté à cette architecture aérée. Il offre à la fois un grande souplesse dans les tessitures, une belle épaisseur dans les timbres, et une homogénéité du phrasé et du son.

L'esthétique vers laquelle j'ai conduit ce groupe n'est pas celle d'un musique totalement libre et improvisée, mais plutôt d'un jazz "de chambre" avec des interventions individuelles qui doivent se jouer d'une "écriture minutieuse", pour reprendre la belle expression de Franck Bergerot. C'est peut-être de là que résultent les malentendus sur cette aventure. Je crois au vertus de la contrainte et j'aime l'idée que nous allons nous en affranchir pour dire les mêmes choses avec d'autres moyens, mais je reste très attaché à la notion de prise de risque et d'implication physique à la musique, et surtout pas inhibée par un concept par trop cérébral.

Pour finir, je crois sincèrement que cette musique est facile, contrairement à ce que j'entends parfois. Je n'ai pas la prétention - ni les moyens - de révolutionner le Jazz, mais simplement la volonté de continuer à trouver des idées fraîches - quand j'enregistre un sixième disque, ce n'est pas chose facile pour moi - et provoquer mon inspiration ainsi que celle des musiciens qui m'accompagnent en changeant un peu le cadre de son expression.
Laurent's Mood
 
Entretien de Laurent avec Jérôme Partage (Jazzhot)
Quelle est ta formation musicale ?
J’ai commencé le piano à 7 ans, et après trois ans de cours particuliers, je suis rentré au conservatoire d’Aix-en-Provence dans la classe de Melle Courtin. Après huit années de son précieux enseignement, je suis « monté » à Paris en 1988 où j’ai été au CIM pendant deux ans. En 1994, j’ai obtenu une bourse Lavoisier du Ministère des Affaires Etrangères pour un séjour de perfectionnement à New York où j ‘ai pris des cours avec John Hicks, Mulgrew Miller, et surtout Bruce Barth qui a été le producteur artistique de mes deux premiers disques, et qui est vite devenu un mentor et un ami.

Comment as-tu découvert le jazz ?
À 13 ans avec un disque de Sarah Vaughan et l’orchestre de Count Baisie. Puis, j’ai commencé à écouter le quintet de Miles avec Herbie Hancock. Mon frère m’avait aussi passé un double LP de Thelonious Monk que j’ai laissé dormir plusieurs années avant de prendre la mesure de son génie! J’avais aussi un ami au conservatoire, John Massa, qui était dingue de Charlie Parker et qui écoutait ça en boucle. On avait un quartet à l’époque, peu avant que je parte pour Paris.

Quels sont tes modèles, tes influences ?
Ils sont trop nombreux pour tenir dans cette interview. Mais pour faire court, je crois que j’ai d’abord été très influencé par Keith Jarrett à l’adolescence avant de m’en éloigner par la suite. Ensuite, c’est sans doute Monk qui m’a le plus marqué. En ce qui concerne les pianistes, il me faut aussi citer Herbie Hancock, Sonny Clark, Marcus Robert, Andrew Hill, Duke Ellington, Bill Evans, Kenny Kirkland…Plus tard, j’ai écouté des pianistes majeurs comme Bud, Hank Jones, Wynton Kelly ou McCoy, mais je ne crois pas qu’ils ont eu une réelle influence sur mon jeu. Et puis mes modèles ne sont pas tous des pianistes. Il faudrait citer de nombreux saxophonistes, des batteurs… Comme je l’ai dit, la liste est trop longue. J’ai été aussi très marqué par des musiciens de ma génération comme Mark Turner ou Kurt Rosenwinkel qui m’ont ouvert à d’autres champs et qui sont pour moi de vrais modèles. En France, Alain Jean-Marie continue de m’inspirer à chaque fois que je vais l’écouter en club. Il est aussi un modèle de musicien.
Comment as-tu débuté ta carrière ?
J’ai commencé à donner des cours. Puis J’ai monté un trio avec le contrebassiste Jules Bikôkô bi Njami et le batteur Daniel Garcia Bruno qui s’appelait Ad For Tri.

Quelles ont été les rencontres importantes pour toi ?
Là encore, elles sont trop nombreuses… Jules Bikôkô a été une rencontre importante. Le batteur Philippe Soirat, la chanteuse Laurence Allison, les saxophonistes Olivier Zanot, Philippe Chagne, Jérôme Sabbagh... Par la suite, aux U.S, Bruce Barth a été une rencontre déterminante. J’ai eu la chance de rencontrer des musiciens qui m’ont ouvert les oreilles et l’esprit. Un batteur comme Damion Reid, c’est quelqu’un qui propose des perspectives vraiment nouvelles… Et j’en reviens encore à Mark Turner avec qui j’ai eu la chance de jouer et que je vais régulièrement voir jouer. Cet homme a atteint un tel niveau de musique et de spiritualité qu’il a le pouvoir d’élever tous ceux qui l’entourent par sa simple présence. Il me rappelle John Coltrane que je n’ai pas connu… Ce que je veux dire, c’est que je crois que Coltrane devait être un peu comme ça, lui aussi. Au de-là de sa technique phénoménale et de son génie absolu, j’ai la conviction qu’il dégageait une force qui n’avait pas besoin de mots pour s’exprimer et qui irradiait une énergie très spirituelle.

Parle-nous de ton expérience new-yorkaise...
New York a été un choc lorsque j ‘y suis allé pour la première fois en 1995, et pas seulement pour des raisons musicales. Mais à l’époque, j’étais encore trop vert pour en tirer le meilleur parti. Plus tard, quand j’y suis retourné y vivre, j’y ai passé des années merveilleuses d’échanges et de rencontres. Beaucoup de sessions, de petits gigs minables où la musique était incroyable. Le jazz se vit de manière plus organique. Sans doute parce que les musiciens y sont plus nombreux et les conditions plus dures. Du coup, il y règne une certaine urgence à jouer et à développer quelque chose. L’absence de confort provoque une émulation plus intense qu’à Paris.

Dans ton travail, quelle est la part entre l'interpération des standards et la composition ?
J’ai toujours écris de la musique, et c’est un processus que j’essaye de maintenir même s’il s’avère plus difficile avec le temps. J’ai souvent la sensation d’aller vers des choses que j’ai déjà faites, et je jette beaucoup plus qu’avant. Les standards, c’est une autre approche qui constitue une part de mon travail mais que je réserve plus à la scène des clubs. Peut-être qu’un jour, j’enregistrerai un disque de standards, tout droit, sans arrangements, mais ce genre de disque demande une grande maturité, et je ne suis pas pressé.

Tu as enregistré ton dernier disque en trio avec Reuben Rogers et Otis Brown...
Otis est un batteur avec lequel j’ai beaucoup joué ces dernières années à NY. Pour ce disque en trio, je voulais aller vers des climats plus intimes que pour mon disque précédent avec Damion. Otis a ce son et cette souplesse qui me rappellent Brian Blade, qui est un musicien qui m’a beaucoup influencé, lui aussi. C’est Otis qui a eu l’idée d’appeler Reuben Rogers avec lequel ni lui, ni moi n’avions joué auparavant. Tout s’est passé très simplement, et la séance a été un moment de pur bonheur.

Quelles différences fais-tu entre la scène américaine et française ? L'Amérique et la culture afro-américaine demeurent-elles la source du jazz ?
Les différences entre la scène parisienne et new-yorkaise tiennent à l’énergie générale et à la culture distincte de ces deux villes avec cette musique. Le jazz est partout chez lui à NY, et depuis toujours. Et comme je l’ai dis, la situation des musiciens n’est pas comparable, la densité non plus. Les écoles sont plus nombreuses, avec un nombre d’élèves qui semble s’accroître d’année en année. Par conséquent, New York offre peut-être une diversité plus grande dans les courants qui s’expriment, et chez les musiciens qui les portent. Mais Paris reste une grande capitale du Jazz - sans doute la plus importante en Europe - et ce n’est pas un hasard si beaucoup de musiciens américains viennent s’y installer. Quant à la source du jazz, il est indéniable qu’elle est à chercher dans la communauté noire américaine. Depuis maintenant un siècle, les courants se sont multipliés, et bien malin qui pourrait dire où commence et où s’arrête cette musique aujourd’hui. Personnellement, je crois à l’importance du time et du swing alliés à un sens profond de la mélodie. Ce sont des critères que j’aurais tendance à privilégier dans mes choix de musiciens, et j’entends ça chez des gens qui viennent d’horizons très divers, même si ce sont des qualités propres aux musiques afro-américaines. Je crois à l’héritage que nous sommes nombreux à partager et à faire fructifier aujourd’hui. C’est aussi toute la beauté de cette musique que de fédérer des gens du monde entier.

Quelle est ta définition du jazz ?
J’ai du mal à donner une définition du jazz qui soit pertinente. C’est difficile et périlleux de chercher à faire le tri entre ce qui en est et ce qui n’en est pas. Armstrong disait que si on se posait la question de ce qu’était le jazz, on ne le saurait jamais… ou un truc du genre. Duke disait qu’il y avait la bonne musique et la mauvaise. C’est une vision à laquelle je peux facilement souscrire.

Quels sont tes projets ?
Jouer le plus possible, et continuer à faire un maximum de rencontre, que ce soit ici ou ailleurs. J’ai encore beaucoup de progrès à faire, mais j’ai de plus en plus de plaisir à monter sur scène. Dans l’idéal, ce serait bien de pouvoir tourner plus avec mon trio, mais je ne me plains pas. J’ai beaucoup de chance d’avoir rencontrer des musiciens exceptionnels, dont certains sont devenus des amis précieux.
 
Une blague...
La différence entre le Rock et le Jazz :
Le groupe de Rock joue 3 accords devant 10000 personnes.
Le groupe de Jazz joue 10000 accords devant 3 personnes.